Sandrine Monrocher-Zaffarano

La psychologie biodynamique

La thérapie biodynamique vise à créer un dialogue avec le corps. En remettant en circulation l’énergie de vie, en levant peu à peu les blocages, sans provocation, elle permet au corps de retrouver sa capacité d’auto-régulation et mène à une compréhension aussi bien des traumas que des manifestations psychosomatiques qui y sont associées. Ainsi, il est possible de retrouver l’équilibre physique et émotionnel nécessaire pour avancer sur son chemin de Vie.

Un peu d’histoire

Les concepts d’armure musculaire et d’énergie vitale développés par Wilhem Reich (1897-1957), élève de Sigmund Freud, expliquent comment la névrose (le refoulé psychique) “s’encapsule” dans la structure musculaire (le corps réprimé).
Gerda Boyesen (1922-2005) s’inscrit dans ce courant, et, en y apportant ses propres découvertes, développe la psychologie biodynamique en Norvège dans les années 50. La grande découverte de Gerda Boyesen est la capacité des intestins à digérer et réguler les résidus métaboliques des émotions, capacité qui se manifeste par le psychopéristaltisme (les « gargouillements » du ventre).

Les principes de base de la psychologie biodynamique

Le noyau sain et la personnalité primaire

La psychologie biodynamique part du principe qu’existe en toute personne un noyau sain, défini comme la partie profondément vivante en chacun et qui n’est jamais autodestructrice. C’est la personnalité de base, dotée d’une disposition amicale envers elle-même et le monde, capable de plasticité face aux événements de la vie, de souplesse et de fermeté, de créativité et de protection. Le noyau sain est doté d’une capacité d’auto-régulation et permet d’accéder à une forme de bien-être indépendant. La personnalité primaire est l’expression du noyau sain dans le monde, elle est la manifestation du potentiel profond de chacun.

La capacité d’auto-régulation et le psychopéristaltisme

Le noyau sain est doté d’une capacité à maintenir son intégrité face à chaque nouvelle situation et à intégrer toute nouvelle expérience afin d’actualiser son potentiel. Pour cela il dispose de systèmes d’auto-régulation physiologique (ex : régulation de la température du corps…) et psychique (ex : rêves…).
Pour Gerda Boyesen, le psychopéristaltisme est un système d’auto-régulation de l’organisme qui joue un rôle crucial dans la régulation des émotions. Il est activé par les mouvements fluidiques dans les parois intestinales. De nombreuses recherches montrent que les émotions s’associent à la dynamique des fluides dans l’organisme (larmes, décharges végétatives). Les substances véhiculées par les fluides peuvent se transformer en résidus métaboliques si l’émotion ou son expression est bloquée. Le psychopéristaltisme résulte d’une remise en route de mouvements fluidiques (par le massage ou autre technique thérapeutique) et permet, entre autres, l’élimination de ces résidus. On dit alors que le corps digère les émotions bloquées. Il s’ensuit généralement un meilleur état d’être pour la personne. Le psychopéristaltisme produit des sons écoutés à l’aide d’un stéthoscope. Lors de la thérapie, le psychopéristaltisme apparaît de façon plus générale quand un problème trouve une solution satisfaisante et qu’il peut de ce fait être régulé par l’organisme.

Le bien-être indépendant

Lorsqu’une personne agit depuis sa personnalité primaire, elle expérimente des sensations internes cohérentes et satisfaisantes. Elle peut développer une intimité avec elle-même, sans crainte de la solitude, qui lui permet d’avoir une autonomie face aux demandes ou aux refus de l’entourage. Ce bien-être indépendant est une clé vers l’individuation, vers la capacité à faire des choix profonds en accord avec sa vraie nature.

La personnalité secondaire

Les expériences négatives non intégrées de l’enfance ont des répercussions fondamentales sur l’adulte tant au niveau de sa santé, de sa capacité relationnelle que de son bien-être personnel. Pour se protéger contre une situation chroniquement inadaptée ou traumatisante, l’enfant crée un système de défense (appelé « structure caractérielle ») qui s’inscrit aux niveaux physiologique et psychologique. La psychologie biodynamique reprend la notion reichienne de personnalité secondaire qui est le résultat d’un compromis effectué par la personnalité primaire dans un effort d’intégration des incohérences environnantes. La personnalité secondaire est formée de blocages et de systèmes figés : fixations mentales, émotions bloquées, cuirasses physiques. Elle cherche à répondre aux demandes environnantes et perd le contact avec le noyau sain.

La somatisation ou « incorporation de la névrose » et les cuirasses

La somatisation est la prise en charge par le corps d’un problème pour lequel la personne n’a pas de solution consciente satisfaisante. En psychologie biodynamique on parle alors de névrose incorporée. Partagée entre plusieurs nécessités paradoxales (par ex : morale et instinctuelle), la personne se trouve bloquée dans une situation dont elle ne trouve pas l’issue. Pour se débarrasser de la prolongation de cette souffrance psychique, le corps inhibe la sensation et l’organisme somatise, quitte à sacrifier certaines parties moins essentielles. Cette adaptation va surcharger certaines fonctions ou parties du corps et en affaiblir d’autres, apportant divers troubles physiologiques. Les cuirasses, musculaires (Wilhelm Reich) ou tissulaires (Gerda Boyesen), sont le résultat de cette somatisation. Le tonus et la teneur chimique des muscles et des tissus sont modifiés, il en résulte un dysfonctionnement de ces derniers.